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L’intelligence artificielle va-t-elle améliorer ou détruire la démocratie ?

Il y a une grande différence entre besoin et désir.

Si nous avons besoin de nourriture saine, de bonnes nuits de repos et de soins médicaux dignes de ce nom ; nous rêvons de dîner dans les meilleurs restaurants ou de dormir dans les meilleurs hôtels à l’autre bout du monde.

Ce principe s’applique aussi aux pays. Il y a une grande différence entre ce qu’un pays veut et ce dont il a réellement besoin. Alors que nous avons besoin de meilleures routes, écoles ou terrains de jeu, nous préfèrerions que d’autres paient pour nous. Alors que nous avons besoin d’élire des politiciens capables de prendre les meilleures décisions possibles, nous avons tendance à voter pour les candidats qui communiquent le mieux ou qui nous mettent le plus à l’aise.

Nous sommes constamment tiraillés entre nos besoins et nos désirs. Dès lors, comment pourrions-nous être capables de prendre, seuls, les meilleures décisions possibles pour créer un monde meilleur ? Une intelligence artificielle pourrait-elle nous y aider ? Est-ce qu’elle améliorerait un système démocratique qui a montré ses limites ou elle le disrupterait carrément ? Et finalement ça veut dire quoi un monde meilleur ?

L’intelligence artificielle a fait plus de progrès depuis 2012 que pendant les 25 dernières années

Depuis 2012, une technique de machine learning appelée “deep learning” s’est massivement propagée dans le microcosme de l’intelligence artificielle. Les chercheurs ont abandonné leurs méthodes habituelles de programmation pour converger vers le deep learning. Pourquoi ? Parce que les résultats sont tout simplement bien meilleurs que ceux obtenus grâce aux méthodes précédentes.

Nous avons fait plus de progrès depuis 2012 que pendant les 25 dernières années sur de problèmes clé de l’intelligence artificielle comme la compréhension des images, du langage ou du texte par exemple.

L’adoption massif du deep learning est bien un pas de géant sur le chemin qui nous conduirait à la création d’une intelligence artificielle générale. Mais ne nous y trompons pas, le deep learning ne permet pas de créer une véritable intelligence artificielle forte. Des questions fondamentales et philosophiques n’ont pas encore trouvé de réponse :

  • Comment des humains bourrés de défauts pourraient réussir à créer une intelligence artificielle qui en est exempte ?
  • Est-ce que créer une intelligence artificielle “parfaite” est vraiment souhaitable ?
  • Est-ce qu’une intelligence artificielle générale est LE remède aux déficiences humaines ?
  • Est-ce que l’intelligence artificielle va finalement remplacer notre besoin des autres ?

Est-ce qu’une intelligence artificielle pourrait faire de nous de “meilleurs” citoyens ?

Comment pourrions-nous intégrer de l’intelligence artificielle au sein de notre processus démocratique ? La gamification pourrait constituer un début de réponse. Nous pourrions par exemple créer une interface entre les gouvernements et les citoyens. Cette dernière reprendrait les grands principes des programmes de fidélisation client. Un tel système promouvrait l’implication citoyen et récompenserait les personnes pour le rôle qu’ils jouent. Les premières questions pourraient être les suivantes :

  • Avez-vous terminé servi dans l’armée ou quelque autre service communautaire ?
  • Combien de fois avez-vous voté depuis que vous avez 18 ans ?
  • Si on vous envoyez un questionnaire vous demandant d’évaluer votre performance, y répondriez-vous ?
  • Avez-vous déjà été appelé en tant que juré ? Avez-vous accepté ?

Les récompenses pour les meilleurs citoyens pourraient être variées : prêts à taux d’intérêt plus faibles, réduction d’impôts, pass gratuits au sein de musées… 

Les citoyens les mieux notés pourraient même gagner une nuit gratuite dans un hôtel de luxe par exemple.

Les meilleurs citoyens pourraient être prioritaires lorsqu’ils postulent à certains types d’emplois.

En ce qui concerne les emplois, une intelligence artificielle aura la capacité de déterminer votre parcours professionnel optimal. Elle se basera non seulement sur vos expériences précédentes, sur les compétences qui en découlent et bien sûr sur les préférences individuelles. Elle sera donc beaucoup plus efficace que ce que ne permettent les systèmes actuels.

La démocratie est la meilleure (ou la moins pire) forme possible de gouvernement jusqu’à présent

Si la démocratie est loin d’être parfaite, elle intègre nativement un certain nombre de mécanismes théoriques promouvant la participation et l’équité. Quels sont-ils ?

  1. La démocratie nivelle. Elle ne favorise pas les plus aisés vis-à-vis des plus démunis, ni celui qui réussit vis-à-vis de celui qui échoue, ni celui en bonne santé vis-à-vis des malades, ni une race par rapport à une autre ou une région par rapport à une autre.
  2. Chaque personne, quelque soit sa condition sociale, a le même nombre de voix que les autres, et donc la possibilité d’exprimer son opinion.
  3. La démocratie promeut une compétition juste et saine permettant l’émergence des meilleurs des meilleurs (en théorie n’oubliez pas).
  4. La démocratie favorise la participation. Les personnes les plus démunies, sans éducation, habitant des quartiers défavorisés, avec peu de pouvoir peuvent aussi jouer un rôle significatif.
  5. Elle s’auto-ajuste. La démocratie permet aux questions les plus pertinentes de remonter jusqu’aux décideurs.
  6. Elle dilue la tension sociale en incarnant un exutoire.
  7. Elle positionne les valeurs humaines au sein d’un système construit par l’Homme. Tout comme la valeur des actions ou la monnaie par exemple, nous attribuons une valeur émotionnelle au monde qui nous entoure. La démocratie attribuer une valeur “affective” aux gens que nous élisons ou aux référendums au cours desquels nous votons.
  8. Elle améliore et préserve la fierté personnelle et la dignité.

Comment une intelligence artificielle peut améliorer la démocratie

Nous pourrions facilement confier toutes nos décisions à un système d’intelligence artificielle qui les prendrait pour nous. Pour y parvenir, il faudrait diminuer la contribution individuelle de chacun au fonctionnement du système, ce qui exige un niveau élevé de confiance. Or, la confiance se construit avec le temps. Un tel système, s’il devait être implémenté serait nécessairement testé pendant des années, avant d’être déployé à grande échelle. En prenant l’hypothèse que cela soit le cas, comment une intelligence artificielle pourrait-elle améliorer le fonctionnement actuel de notre démocratie ?

  1. Une intelligence artificielle forte saura appréhender les préférences individuelles. Elle pourra donc aider les votants à prendre des décisions individuelles, et, par extension augmenter la participation.
  2. Une intelligence artificielle aura la capacité de détecter toute fraude ou tentative de corruption du système.
  3. En perfectionnant la détection de corruption, une intelligence artificielle favorisera largement le vote électronique. Le processus démocratique sera donc plus simple ce qui contribuera à ce que plus de personnes y participent.
  4. Une intelligence artificielle permettra aux votants de saisir tous les détails, toutes les nuances et les ramifications liés à chaque décision à prendre.
  5. Une intelligence artificielle améliorera la qualité des décisions sans compromettre le rôle de chaque individu.
  6. Une intelligence artificielle accélérera le processus de décision. Elle permettra donc de faire remonter davantage de problèmes et les décisions publiques en découlant.
  7. Une intelligence artificielle supprimera les campagnes de communication dont l’objectif est de jeter le discrédit. Elle nous mettra enfin à l’abri des rapports biaisés et de l’utilisation d’arguments fallacieux.
  8. Une intelligence artificielle réduira le coût des campagnes politiques, la dépendance à des mécènes privés et donc les faveurs politiques en découlant.

Comment une intelligence artificielle pourrait détruire la démocratie

Une intelligence artificielle pourrait à la fois améliorer et par conséquent détruire la démocratie. Une intelligence artificielle pourrait non seulement automatiser la démocratie mais également l’ensemble du processus gouvernemental de prise de décision. Cela ne se ferait pas en un claquement doigt mais au travers de tests itératifs. A chaque nouvelle étape, des tests seraient effectués pour affiner le processus, jusqu’à ce que les résultats obtenus soient satisfaisants pour implémenter le système sur l’ensemble du système. Comme une démocratie automatisée grâce à une intelligence artificielle fonctionnerait ?

  1. Une intelligence artificielle pourrait facilement altérer le système “une personne-un vote”. Elle pondérerait la valeur des votes pour que ceux qui sont mieux informés, mieux éduqués ou plus impliqués… aient plus de poids politique.
  2. Une intelligence artificielle pourrait déclencher, instantanément, de nouvelles élections dès que le niveau de confiance public descendrait en dessous d’un certain seuil.
  3. Des décisions mineures pourraient être automatisées. Puis, si cela fonctionne, nous pourrions ensuite en automatiser des plus importantes.
  4. Concernant le système judiciaire, une intelligence artificielle pourrait finalement remplacer tous les juges.
  5. Une intelligence artificielle pourrait déclencher automatiquement de nouveaux référendums du fait du climat social tendu, d’émeutes ou de protestations, de pétitions,  ou lorsque l’opinion publique en faveur du gouvernement décroît de façon trop marquée.
  6. Une intelligence artificielle pourrait assouplir la durée des mandats politiques. Les élus ne seraient plus en place pour une période figée, quel que soit leurs résultats. L’intelligence artificielle embarquerait un système d’auto-correction capable de déclencher des élections dès que c’est nécessaire.
  7. En tirant le trait jusqu’au bout, une intelligence artificielle pourrait renverser la pyramide de décision en décentralisant le pouvoir. Nos élus seraient remplacer par un système de vote automatique à la main de chaque citoyen.
  8. Au final, si tous les processus gérés par une intelligence artificielle fonctionnait correctement, alors nous pourrions éliminer le principe même du vote individuel. Il serait remplacer par un système de consensus automatisé. Si une intelligence artificielle forte perçoit la façon dont nous pensons, alors elle pourrait enregistrer nos votes automatiquement, sans notre intervention.

Une intelligence artificielle va-t-elle améliorer la démocratie ou la remplacer par quelque chose d’autre ?

Si le processus démocratique permet aux plus démunis de voter, par exemple, en faveur de l’augmentation des impôts des plus aisés, ce sont ces derniers qui contribuent financièrement aux campagnes électorales. Les deux populations se neutralisent. 

De nombreuses personnes considèrent les contributions aux campagnes électorales comme une forme de corruption. Mais jusqu’à présent nous n’avons pas trouvé de moyen efficace de les financer sans faire appel à des mécènes privés.

Pendant ce temps, l’intelligence artificielle est rapidement devenu un terrain de jeu pour les esprits les plus créatifs. Oui nous sommes encore loin de ce que les experts considèrent comme une véritable intelligence artificielle forte. Mais ne perdons pas de vue qu’elle a le potentiel de transformer la totalité de nos systèmes actuels, et par conséquent de les assainir.

Au cours des années à venir, des entrepreneurs vont probablement tester de nouvelles approches pour rendre nos processus gouvernementaux plus intelligents.

Poussée par l’accélération des progrès de technologies émergentes sur lesquelles travaillent de brillants chercheurs partout dans le monde, la démocratie va évoluer. Je n’ai même pas évoqué la blockchain par exemple. Ces technologies sont pour nous l’opportunité de réécrire des règles imparfaites. Ces technologies vont rendre notre système politique obsolète. 

Au fil des expérimentations des mots comme “auto-démocratie”, “auto- gouvernance”, “démocratie intelligente” vont bientôt entrer dans le lexique public.

Ne nous y trompons pas. La transition vers ce cercle d’amélioration continu et vertueux ne sera pas facile. La résistance sera probablement très forte. Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise.” Changer pour quelque chose de meilleur ? Que signifie meilleur ? Meilleur pour qui, quand et pour combien de temps ? Pour les employés ? Pour les patrons ? Pour les familles avec des enfants ? Pour les riches ? Pour les pauvres ?… Quels sont les critères nous permettant de dire que c’est mieux ?

source (Thomas Frey)

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Loïc Bardon
A propos Loïc Bardon

Co-fondateur de Paris Singularity, think&do tank virtuel d'empowerment citoyen Prospectiviste passionné par la 4e révolution "industrielle"/singularité impulsée par les technologies NBIC(Nano/Bio/Info/Cogno)

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3 Commentaires le L’intelligence artificielle va-t-elle améliorer ou détruire la démocratie ?

  1. Article intéressant monsieur Bardon.
    Quelques question cependant :
    – Existe-t-il des initiatives, même locales, visant à tester un tel type dIA ?
    – Qui / quelles entreprises travaillent sur le sujet ?
    – Quelle est la source de cette affirmation : “L’intelligence artificielle a fait plus de progrès depuis 2012 que pendant les 25 dernières années” ?

    Bonne continuation !

  2. Hello,

    La source de cette affirmation est le père du deep Learning, Yann Le Cun que je ne présente pas :” En 2011-2012 trois événements ont soudainement changé la donne. Tout d’abord, les GPUs (Graphical Processing Units) capables de plus de mille milliards d’opérations par seconde sont devenus disponibles pour moins de 1000 euros la carte. Ces puissants processeurs spécialisés, initialement conçus pour le rendu graphique des jeux vidéo, se sont avérés être très performants pour les calculs des réseaux neuronaux. Deuxièmement, des expériences menées simultanément à Microsoft, Google et IBM avec l’aide du laboratoire de Geoff Hinton ont montré que les réseaux profonds pouvaient diminuer de moitié les taux d’erreurs des systèmes de reconnaissance vocale. Troisièmement plusieurs records en reconnaissance d’image ont été battus par des réseaux convolutifs. L’événement le plus marquant a été la victoire éclatante de l’équipe de Toronto dans la compétition de reconnaissance d’objets « ImageNet ». La diminution des taux d’erreurs était telle qu’une véritable révolution d’une rapidité inouïe s’est déroulée. Du jour au lendemain, la majorité des équipes de recherche en parole et en vision ont abandonné leurs méthodes préférées et sont passées aux réseaux convolutifs et autres réseaux neuronaux.”
    Source : http://www.college-de-france.fr/site/yann-lecun/Recherches-sur-l-intelligence-artificielle.htm

    Je ne connais pas d’initiatives publiques locales personnellement. Néanmoins l’essor des civic techs en constitue déjà la première étape : http://www.oezratty.net/wordpress/2016/numerique-ameliorer-democraties-3/

    Enfin sur le “qui travaille sur ce sujet”, de quel sujet parle-t-on ? IA au service de la démocratie ?

    Cdt,
    Loïc

  3. Sur le dernier point, un lien pour alimenter la réflexion autour du concept de “meilleur citoyen” et des dérives que cela pourrait engendrer : http://paris-singularity.fr/la-chine-est-en-train-dutiliser-le-big-data-pour-creer-1-big-brother-social/

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