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Pourquoi l’éducation n’est plus suffisante contre l’automation

education robots photo

L’éducation a, depuis des décennies, incarné la solution contre la menace que les technologies font peser sur le travail humain. Pourquoi ? Parce que cette stratégie a fonctionné par le passé. La révolution industrielle a créé du travail qualifié non seulement dans les usines, où les ouvriers dirigeaient des machines, mais aussi dans les bureaux. L’éducation est devenue plus importante, et l’optimisation de l’apprentissage a permis d’élever le niveau de vie des gens de la classe ouvrière. Mais la même stratégie ne fonctionnera pas aujourd’hui, écrit Ryan Avent dans son livre récemment publié The Wealth of Humans.

Parce que les machines sont de plus en plus performantes dans la réalisation de tâches humaines, les seuls emplois auxquels l’humain « moyen » pourrait prétendre sont ceux où il reste attractif parce que peu cher. Il se pourrait que vous soyez une personne de plus travaillant dans les soins à domicile qui, pour un salaire modique, prend soin de la mère malade de quelqu’un. Ou peut-être ferez-vous parti du personnel de ménage de quelqu’un. Ce sont des emplois où le contact humain est important, seulement ils sont peu rémunérés aujourd’hui. 

Dans une autre version possible, les personnes dont l’emploi est automatisé, pourraient travailler moins, peut-être parce que nous sommes en mesure de faire en sorte que les avantages sociaux soient plus importants. Quelle que soit la raison … comme les machines font de plus en plus de choses, nous pouvons permettre aux êtres humains de travailler moins d’heures ou à moins d’humains de travailler.

Pourquoi l’éducation et la formation ne sont plus des solutions suffisantes pour assurer l’adaptation de l’humain à des changements technologiques de grandes échelles impactant l’économie ? Ces stratégies ont pourtant fonctionné jusqu’ici pour deux raisons.

D’abord parce que la technologie était un peu différente. Les machines étaient grosses et puissantes, et nécessitaient donc l’implication de beaucoup de contrôleurs humains. Les usines d’Henry Ford n’ont pas fonctionné sans milliers et des milliers de personnes. Les technologies étaient donc plus susceptibles de faciliter le travail humain que de le remplacer. Mais c’est moins vrai aujourd’hui.

La plus grande différence réside dans le fait que, au début de la révolution industrielle, la plupart des gens n’avaient aucune éducation. Ils ne pouvaient ni lire ni écrire. Ils n’avaient pour la plupart aucune formation scientifique. Vous pouviez donc avoir un impact énorme sur le niveau d’éducation de la population en les envoyant simplement dans les écoles primaires ou secondaires ; et en leur enseignant les mathématiques de base, la lecture et la science. Vous pouviez doubler ou tripler ou quadrupler le niveau de scolarité de la population. Alors qu’aujourd’hui, dans les pays dont l’économie est à un niveau « avancé », environ 90% des adultes actifs sont allés au lycée et environ 40% ont obtenu une sorte de diplôme d’études post-secondaires. Il est donc beaucoup plus difficile, dans ces pays, d’obtenir le même effet de levier pour augmenter le niveau de scolarité de la population. Est-ce raisonnable de s’attendre à ce que 40 à 50% des diplômés universitaires effectuent un troisième cycle ? L’effet de levier que l’éducation devrait produire pour constituer la solution est, cette fois, trop important.  

Pour autant, est-ce que tout le monde devra être diplômé d’un troisième cycle ? Les nouveaux emplois qui sont créés ne nécessiteront pas tous d’avoir obligatoirement un diplôme avancé en informatique. Le nombre de nouveaux emplois envisagés à cet horizon est en fait assez faible. Nous parlons de milliers, peut-être des dizaines de milliers, peut-être un peu plus, mais nous ne parlons pas de millions et de dizaines de millions d’emplois. Alors que lorsque nous parlons de pertes d’emplois dans le commerce de détail ou le transport, nous parlons de millions et de dizaines de millions d’emplois.

Or la part de croissance que les gens peuvent « capturer » est surtout liée à la rareté de leurs compétences. Vous pouvez, en fonction, négocier un revenu assez élevé.

Au cours des deux ou trois dernières décennies, les salaires ont stagné pour la plupart des gens, mais pas pour les professions dites qualifiées. Cela va probablement changer, de plus en plus, parce que l’offre des personnes en capacité à faire les tâches de ces professions qualifiées va grandir. Parce que nous sommes déjà en mesure de faire un scan d’un hôpital aux Etats-Unis et de l’envoyer à un médecin en Inde pour analyse, où ce sera beaucoup moins cher. Ou peut-être parce qu’un système comme Watson saura le faire de façon autonome et massive.

Sur un horizon de temps légèrement plus long, nous pourrions atteindre une sorte d’utopie subtile. Si vous repensez à ce qui s’est passé au début du 20e siècle, nous avons mis en place un ensemble de règlements qui ont rendu la vie meilleure aux travailleurs, de sorte qu’ils n’étaient pas malmenés par des machines et que les enfants n’avaient pas le droit de travailler dans les usines, et qu’ils n’étaient autorisés à travailler qu’en respectant un nombre maximal d’heures par semaine. D’autres changements ont émergés pour augmenter le pouvoir de négociation des travailleurs. Enfin, d’autres réformes ont entraîné l’émergence de filets de sécurité telles que des pensions et des compléments de revenus de toutes sortes. Les revenus ont beaucoup augmenté, et les heures de travail pour la plupart des gens ont beaucoup diminué.

Nous nous dirigeons peut-être dans cette direction. En confiant un rôle plus important à l’État-providence, qui rendrait l’université et les soins de santé gratuits, qui accorderait un crédit d’impôt sur le revenu  plus généreux pour subventionner les salaires des gens, qui légifèrerait pour diminuer le nombre d’heures de travail hebdomadaire, qui faciliterait la prise de congés pour élever un enfant ou prendre soin d’un parent… D’ici quelques décennies, la plupart des gens pourraient ne plus travailler que 20 heures par semaine et seront un peu plus soutenu par le gouvernement.

Quid des multinationales technologiques qui semblent vouloir remplacer les gouvernements ? Et après 20 heures par semaine ? 10 heures ? 5 heures ?…

source (Sarah Kessler)

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Loïc Bardon
A propos Loïc Bardon

Futurologue passionné par les NBIC, la singularité et le transhumanisme - Co-fondateur du think&do tank virtuel Paris Singularity - Membre actif de l'institut de recherche technologique virtuel envisioning.io

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