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[Edito] « L’IA, éducation du futur ? » en 3 idées clés

J’ai récemment eu l’occasion d’intervenir, en tant que « citoyen « éclairé », à une table ronde auprès de 2 chercheurs spécalistes des sciences cognitives, Sulian Ben Hamed et Nady El Hoyek, pour parler de l’impact des technologies sur notre modèle d’éducation. Si l’échange animé par Alain Trouillet a été très riche, je n’ai pu qu’effleurer le fil des 3 idées clé suivantes :

  1. Nous ne pouvons plus préparer nos enfants à un monde qui existera dans 20 ans avec des méthodes qui existaient il y a 20 ans.
  2. Le modèle éducatif personnalisé et à la carte n’est plus une utopie.
  3. Et si finalement l’éducation commençait in utero comme l’envisagent les Chinois par exemple ?

Idée 1 – Nous ne pouvons plus préparer nos enfants à un monde qui existera dans 20 ans avec des méthodes qui existaient il y a 20 ans

1. La robotisation du travail va dérobotiser l’humain

Le travail se robotise. Tous les jours je lis un nouvel article mettant un lumière un robot ou un système d’intelligence artificielle (IA) capable de prendre des tâches voir la totalité d’un emploi. Il y a quelques mois c’était le cow boy australien. Plus récemment c’était le bibliothécaire. Puis Holmes, un système d’IA qui prend en charge une partie de l’activité de 3 000 ingénieurs en informatique.

Les études se multiplient ; anglaise, américaine, japonaise, australienne, des Nations Unies ou du forum économique mondial par exemple ; et disent toutes la même chose : d’ici une vingtaine d’années entre 30 et 85% des métiers actuels (cela dépend des pays, des régions, des villes…) auront disparu.

La robotisation du travail va de plus en plus vite dérobotiser l’humain. Nous devrons en contrepartie être en mesure de nous réinventer encore et encore, de plus en plus vite. Régurgiter des connaissances devient quelque chose de plus en plus facilement automatisable. Régurgiter des connaissances ne prépare plus suffisamment nos enfants au monde de demain.

Il va falloir adopter des outils accélérateurs de notre adaptation, comme l’IA, la réalité virtuelle ou l’impression 3D.

2. L’IA jouera 2 rôles opposés et complémentaires

L’IA en particulier va jouera 2 rôles opposés mais finalement complémentaires : destructrice d’emplois et formatrice pour trouver de nouveaux emplois.

Nous allons assister à l’émergence de systèmes d’intelligence artificielle qui joueront le rôle de coach artificiel d’éducation personnelle. Cela vous paraît fou ? Pourtant nous n’en sommes pas loin, et ce parce que nous avons fait plus de progrès depuis 2012 que pendant les 25 dernières années sur des problèmes clé de l’intelligence artificielle comme la compréhension des images, du texte ou du langage par exemple.

Connaissez-vous le projet SimSensei financé par la DARPA ? Des chercheurs travaillent sur la mise au point d’une nouvelle génération d’intelligence artificielle : des agents virtuels disposant d’un niveau élevé d’intelligence émotionnelle artificielle. Ellie en est le fer de lance.

Ellie est 1 thérapeute virtuelle, qui, obtient dans certaines études de meilleurs résultats que ses collègues humains. Ellie utilise langage naturel et l’écoute active. Ellie est équipée d’yeux et d’oreilles via une webcam, Microsoft Kinect et un micro pour suivre l’expression du visage, la pose de la tête, le geste et la posture du corps.

Ellie c’est la grand-mère de votre coach artificiel d’éducation personnelle. Ce dernier aura un accès illimité et direct à toute information dans un cloud. Surtout, votre coach d’éducation observera constamment le moindre signe de frustration ou d’ennui, de curiosité ou d’intérêt, de plaisir ou de maitrise du sujet pour adapter à la fois le mode et la vitesse d’apprentissage.

Idée 2 – 1 modèle éducatif à la carte et personnalisé n’est plus une utopie

1. L’IA va augmenter les savoirs et l’accès au savoir

L’enseignement est encore aujourd’hui essentiellement basé sur la mémorisation parce que, le moyen le plus rapide d’accéder à une information c’est de la stocker dans notre cerveau. Mais ce postulat a été remis en cause il y a presque 50 ans avec l’invention d’Internet.

Aujourd’hui n’importe qui peut trouver un peu près n’importe quelle information en une dizaine de minutes, via des devices mobiles tenant dans nos poches qui sont déjà aujourd’hui plus puissants que les superordinateurs d’il y a à peine 20 ans.

Demain… dans une dizaine d’années 7.5 milliards de personnes auront accès en continu à n’importe quelle information via des devices mobiles intégrant des systèmes d’intelligence artificielle personnalisés qui pourraient nous permettre de trouver encore plus vite l’information que nous cherchons. Imaginez pouvoir trouver n’importe quoi non plus en 10 minutes, mais en 1 minute ?

2. L’éducation est progressivement sortie du strict cadre famille/école avec l’émergence d’Internet

Selon une étude récente aux USA, les jeunes américains ont déjà aujourd’hui du mal à faire la différence entre publicité, fakes et informations sérieuses (investigation). Plus d’1 million d’étudiants y abandonnent chaque année l’école dont 50% parce qu’ils s’ennuient.

Depuis l’émergence d’Internet en 1970, l’éducation est progressivement sortie du strict cadre famille/école dans lequel il a toujours été cloisonné. L’éducation est en train de passer dans les mains de géants technologiques.

Saviez-vous par exemple que Google et Facebook pourraient être prochainement autorisées à mettre en place leurs propres institutions académiques au Royaume-Uni ? C’est ce que prévoirait la réforme du système d’éducation britannique.

Ces géants technologiques qui misent sur l’éducation misent aussi gros sur l’IA pour en démocratiser et démonétiser l’accès. Prenons l’exemple de l’apprentissage des langues.

Facebook et Google ont décidé de s’attaquer très sérieusement à la barrière de la langue cette année à coup de réseaux neuronaux.

Vous connaissez tous Google Translate. Google Translate c’est 10 ans de travail, 140 milliards de mots traduits par jour et 103 langues. Google Translate dispose depuis peu d’un système de traduction automatique neuronal qui lui permet maintenant de traduire instantanément 2 langues jamais liées explicitement auparavant.

Et même les startups s’y mettent. En mai dernier, Waverly Labs, a dévoilé the Pilot, une paire d’écouteurs conçue pour traduire en temps réel une conversation entre deux personnes. Si l’entreprise va d’abord se concentrer sur les langues européennes, the Pilot intégrera assez rapidement d’autres langues : asiatiques, slaves… Les écouteurs seront disponibles pour 410$ en 2017.

Mon fils a 4 ans. Il n’aura très probablement jamais besoin d’apprendre une langue étrangère pour communiquer. Vos enfants pourront apprendre des langues étrangères par plaisir ou envie, mais plus par nécessité. Tout comme ma génération avait le choix d’apprendre latin ou le grec ancien. Tout comme peu d’entre nous font du cheval depuis que la voiture existe…

Et si vous n’accédiez plus à n’importe quelle information en une dizaine de minutes ou en 1 minute mais en 1 seconde via 1 neuroprothèse ? C’est ce sur quoi travaillent Elon Musk ou Kernel, la startup à 100M de dollars de Bryan Johnson. Les premiers tests sur les humains vont débuter dans les prochains mois.

Dans ces conditions, la question ne se limite plus au comment ou au quoi apprendre, mais aussi au qui ?

Idée 3 – Nous allons gérer les cerveaux plutôt que les savoirs

L’école de demain va gérer les cerveaux et non les savoirs.

Un certain nombre d’études génétiques récentes et à grande échelle montrent que la mémoire, le temps de réaction ou la capacité d’apprentissage sont en partie inscrits dans nos gènes.

Autrement dit la réussite scolaire est en partie génétique.

Selon une nouvelle étude publiée dans la revue Molecular Psychiatry, l’ADN seul pourrait « prédire » la réussite scolaire d’un individu et expliquer les différences de niveau scolaire dès l’âge de 16 ans. D’autres études plus détaillées sur des jumeaux,  ont déjà montré que 60% des différences en termes de réussite scolaire étaient dues à des variations génétiques (incluant variantes rares et communes, les interactions entre les gènes et les effets de l’environnement sur les gènes).

Et si l’éducation de demain commençait in utéro ?

L’agence de communication BETC a justement mené une enquête internationale concernant l’acceptation de « l’eugénisme intellectuel ». Elle diffère énormément d’un pays à un autre.

13% des français jugeraient positivement l’augmentation du QI de leurs enfants en agissant sur les fœtus.

Chez les jeunes chinois branchés ce serait 50% comme nous interpelle Laurent Alexandre.

La Chine veut séquencer le génome de toutes les personnes ayant un QI supérieur à 160.

La Chine est d’ailleurs est le pays disposant du plus grand nombre de séquenceurs génétiques (30%) et de superordinateurs pour analyser ces données.

La Chine a déjà défrayé la chronique l’an dernier en ayant effectué des modifications génétiques sur 86 embryons humains.

La Chine travaille sur la production, au 21e siècle, d’une génération d’Einstein en combinant génétique, big data, IA et biotechnologies.

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Loïc Bardon
A propos Loïc Bardon

Futurologue passionné par les NBIC, la singularité et le transhumanisme - Co-fondateur du think&do tank virtuel Paris Singularity - Membre actif de l'institut de recherche technologique virtuel envisioning.io

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